It is worth reading (or struggling through -- depending on how comfortable you are with your French!) of this extract from "Cahiers d'Etudes Africaines" of an article written by Francis Falceto in 2002, entitled "Un siècle de musique en Ethiopia". The influence and contribution of Armenians, and in particular that of Kevork Nalbandian and Nerses Nalbandian, to Ethiopian music are quite significant.
The entire article may be found at the following web site http://etudesafricaines.revues.org/document163.html
YetovbaHayer mentioned in the article include: Arba Lidjotch (a brief story of their recruitment), Kevork Nalbandian, Nerses Nalbandian, Garabed Hakalmazian, Hagop Manougian and Azad (Baghdassarian) Topalian. Also, Garbis Haigazian (first recordings).
Important for YetovbaHayer to refresh their memories or read them for the first time!
Peu après l'admission de l'Abyssinie au sein de la Société des Nations, le prince régent se rend en Europe pour une longue tournée diplomatique qui le conduira à Paris, Bruxelles, Luxembourg, Stockholm, Rome, Londres, Athènes… Avant une première étape au Caire, la délégation se rend en pèlerinage à Jérusalem. La fanfare qui l'accueille en terre sainte impressionne tant le Ras Tèfèri qu'il décide de l'engager pour en faire la Musique officielle de l'Éthiopie. Cet orphéon a ceci de singulier qu'il est entièrement composé de jeunes orphelins arméniens rescapés du génocide perpétré par les Turcs en 1915. Un contrat de quatre ans est aussitôt signé avec son autorité de tutelle, l'archevêque arménien de Jérusalem. Quatre mois plus tard, après d'intenses activités diplomatiques en Europe, la délégation éthiopienne rentre au pays sans oublier les quarante musiciens qui embarquent à l'escale de Port-Saïd. Le Ras Tèfèri recrute également un chef de musique, lui aussi arménien, qui se trouvait depuis six mois au Caire, après plusieurs exils mouvementés.
Les Arba Lidjotch (les « Quarante Gamins ») c'est sous cette appellation familière qu'en Éthiopie, aujourd'hui encore, perdure le souvenir de ces adolescents-musiciens arrivés en gare d'Addis Abeba le 6 septembre 1924, via Djibouti. Leur instructeur, Kevork Nalbandian, a une éducation et un passé musical réellement notables (harmonium, khanoun, violon, solfège européen, instruments à vent et musique de fanfare). Né en 1887 en Turquie, chef de chœur diplômé et professeur de musique, il a déjà dirigé fanfares et chorales, composé ou écrit des arrangements. Après un an de répétitions forcenées, la fanfare arménienne devient effectivement le premier orchestre officiel d'Éthiopie. La grande formation précède désormais la reine Zèwditou dans tous ses déplacements, au grand ébahissement des habitants de la capitale. À la demande du régent, Kevork compose l'hymne national éthiopien (paroles de Yoftahé Negoussié), qui le restera un demi-siècle durant, jusqu'en 1974, ainsi que des marches en l'honneur de Tèfèri soi-même, de la future reine Mènnen, d'Asfa-Wèssèn leur fils héritier, de Mèkonnen le dernier-né.
C'est avec Kevork Nalbandian que prend véritablement corps l'épopée musicale « moderne » en Éthiopie. À partir de 1924-1925 et jusqu'à la chute d'Haylè-Sellassié cinquante ans plus tard, il y aura désormais un véritable continuum dans le développement de la musique éthiopienne — à peine interrompu par la parenthèse italienne de 1935-1941. Certes les accents martiaux, un rien pachydermiques, des différents hymnes nationaux et des marches militaires à l'européenne dominent encore la modernité en question — répertoire agrémenté de piquants airs d'opérettes françaises en vogue14. Il ne s'agit encore que d'une lointaine préfiguration des grands orchestres sous influence de la mode américaine d'alors qui s'épanouiront après-guerre, mais déjà Kevork s'attache à l'éthiopianisation de ce répertoire en composant ou en arrangeant des « chansons éthiopiennes »15, premier pas décisif (attesté) vers une appropriation des manières musicales européennes. Parallèlement à son travail de formateur musical, Kevork développe une activité d'auteur dramatique qui fait de lui l'un des pionniers du genre en ce pays sans tradition théâtrale. L'une de ses pièces les plus célèbres, Guèbrè-Maryam le Gondaré, comédie en huit actes publiée en 1933-1934 (Fusella 1947), intègre par exemple onze de ces chansons. Sous l'impulsion de l'instructeur arménien, l'éducation musicale et la musique « à l'européenne » gagnent du terrain en pays abyssin. Kevork forme également des instrumentistes éthiopiens à l'École Menelik ainsi qu'à l'École Tèfèri Mèkonnen nouvellement créée — les deux premières institutions scolaires qui échappent à la traditionnelle mainmise de l'Église sur l'éducation, et qui sont, a priori, réservées à la formation des futures élites du pays. En 1928 l'un des Arba Lidjotch, Garabed Hakalmazian, aura la charge de la fanfare de l'Arada Zèbègna, les gardiens de la paix de la capitale. En 1929, une soixantaine de « Shanqella » originaires de la province du Wèllèga sont confiés au Suisse André Nicod, pour la formation de la musique militaire de la Garde impériale. Ce dernier initie les jeunes recrues de la Garde d'honneur (Keber Zèbègna) au «répertoire européen » mais, à l'instar de Kevork Nalbandian, utilise aussi «les mélodies du pays natal comme exercices d'application lors des leçons théoriques en plein air » (Nicod 1936, 1937 : 51 ; Falceto 2001 : 36-41). À la veille de l'invasion italienne, ce sont 250 exécutants que l'on peut dénombrer dans les différentes villes de garnison.
Fait notable, Kevork Nalbandian sera par ailleurs le premier d'une importante lignée de musiciens et formateurs arméniens. Outre Garabed Hakalmazian déjà mentionné, Kevork fera venir en Éthiopie, durant les années 1930, plusieurs membres de sa famille, notamment son frère Hagop qui sera répétiteur de la fanfare de l'Armée à la fin des années 1940, mais surtout son neveu Nersès Nalbandian qui, depuis l'après-guerre jusqu'à sa mort en 1977, contribuera de manière déterminante et durable à l'effervescence de la musique éthiopienne moderne. Il y aura aussi Hagop Manoukian, qui veillera sur la fanfare de la Police dans les années 1950 et 1960, Mme Soucasian et Azad Topalian, musiciennes et professeurs de musique. Tous ces Arméniens furent un véritable ferment de dynamisme pour la musique éthiopienne.
Durant l'occupation fasciste, il va sans dire que les Italiens mirent un terme, heureusement provisoire, à cette épopée musicale. Kevork sera exilé en Érythrée. À la Libération (1941), il reprend du service à la tête des fanfares de la Garde impériale puis de l'Armée et de la Police. Il a le grade de capitaine. En 1946, le maire d'Addis Abeba le charge de la musique et du théâtre de la Municipalité. Il cesse ses activités musicales en 1949 et meurt à Addis le 5 mai 1963, à 76 ans.
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Une autre figure essentielle de la musique moderne en Éthiopie, très certainement la plus importante par la longévité et le dynamisme de son action, est celle de Nersès Nalbandian. Musicien d'origine arménienne né en Syrie en 1915, où sa famille avait émigré pour échapper au génocide arménien de Turquie, Nersès Nalbandian s'installera en Éthiopie à la fin des années 1930, à l'appel de son oncle précurseur. Multi-instrumentiste (violon, piano, accordéon, saxophone), chef d'orchestre, chef de chœur, compositeur, arrangeur, adaptateur, il fut un instructeur aussi actif qu'influent. Dès 1946, l'entregent de Kevork lui vaut d'être affecté comme professeur de l'orchestre de la Municipalité d'Addis. En quelques années Nersès en fera le premier orchestre véritablement moderne, tant par l'efficacité de sa pédagogie que par le choix du répertoire ou la sophistication de ses arrangements. C'est cet orchestre, on l'a vu, qui deviendra celui du Théâtre Haylè-Sellassié 1er à l'ouverture de ce dernier en 1955. À un moment ou un autre de sa carrière, Nersès Nalbandian a contribué à la formation de pratiquement tous les orchestres institutionnels, mais c'est au sein du Théâtre Haylè-Sellassié que se sont le mieux exprimées ses capacités, sous la direction de Franz Zelwecker et de ses successeurs, jusqu'à sa mort en 1977. Sa situation d'étranger apatride21 l'a régulièrement tenu à l'écart des positions de haute direction, en dépit du respect que les musiciens lui vouaient (et vouent toujours à sa mémoire). Quasi-autodidacte, Nersès fut un inlassable curieux des nouveautés musicales, se nourrissant des premiers disques importés et surtout d'une écoute intensive des programmes musicaux captés sur ondes courtes. Compositeur et arrangeur prolifique, il a eu le souci constant d'intégrer les paramètres éthiopiens (« modes » musicaux spécifiques, gamme pentatonique ou ternarité dominante des rythmes) dans sa « modernisation » de la culture musicale plutôt que de l'occidentaliser à outrance. La musique moderne éthiopienne lui doit de nombreux standards et, aujourd'hui encore, il n'est pas rare que la radio nationale diffuse des vieux morceaux qui portent indubitablement son empreinte.
De l'inauguration du Théâtre Haylè-Sellassié (1955) à la chute de l'empereur (1974), ce furent deux décades prodigieuses pour les grands orchestres éthiopiens. Toute la scène musicale était dominée
par les orchestres institutionnels, les seuls habilités à se produire. Aucun ensemble indépendant n'aurait pu rivaliser — ni même n'y aurait été autorisé. Aboutissement des efforts de Kontorowicz, Zelwecker ou Nersès Nalbandian, une pléiade de musiciens, d'auteurs, de compositeurs et surtout d'arrangeurs éthiopiens étaient parvenus à maturité. Les chanteurs populaires (Tlahoun Guèssèssè, Bzunèsh Bèqèlè, Mahmoud Ahmed, Alèmayèhu Eshèté, Hirout Bèqèlè, Menelik Wèsnatchèw et tant d'autres) étaient eux aussi tous issus des formations officielles — principalement HSI Theatre Orchestra, Imperial Bodyguard Band, Police Orchestra, Tor Sèrawit (Armée)Orchestra, etc. Même l'Aguèr Feqer Mahbèr (Association Amour de la Patrie), ancêtre de toutes les institutions culturelles éthiopiennes (1935) initialement dévolu à la musique traditionnelle, entra dans la danse en ouvrant son propre night club. Fin des années 1950-début des années 1960, ses placards publicitaires annonçaient « For Your Leisure Pleasure, Hagere Fiker Maheber Night Club/Music, including Jazz, by the Imperial Body Guard Band/Ethiopian and Foreign Music/Excellent Floor for Dancing/Ethiopian Artists in Ethiopian National Dances and Songs/Drinks and Light Refreshments/The Spacious and Ultra-Modern Club Premises Are Available for Cocktail, Wedding, et cetera Parties/The H.F.M. Club is Open to the General Public at Present, But Will Soon be Operated on a Membership Basis for Ethiopians and Foreigners ». Pour donner une idée de la situation éthiopienne, c'est un peu comme si Édith Piaf et Johnny Hallyday avaient connu leur succès en étant accompagnés par une fringante section variétés de la Garde républicaine — ou Frank Sinatra et Elvis Presley accompagnés par un explosif orchestre de Marines…
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C'est encore un Arménien, Garbis Haygazian, qui développera à partir de 1952- 1953 le commerce de la musique enregistrée en distribuant en Éthiopie les premiers magnétophones à bande. Dès 1956-1957, il fait enregistrer les grands succès des orchestres institutionnels pour les revendre à la demande. Sa clientèle est alors essentiellement composée de membres de l'innombrable famille impériale, des riches Éthiopiens et des tenancières de clubs, bistrots et autres bars à entraîneuses de Woubé Bèrèha (« le Désert de Woubé »), le « Red Light District » qui abritait alors les nuits chaudes de la capitale (interview de Tèfèra Shibèshi, technicien son de l'Imperial Bodyguard Band, Addis Abeba, 26 novembre 1994).
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